Lamborghini · · 3 min de lecture
La rivalité Ferrari-Lamborghini : ce qui s'est vraiment passé
D'une plainte sur un embrayage à deux usines rivales à vingt kilomètres l'une de l'autre, le récit d'une querelle devenue une légende.

Deux usines séparées par une vingtaine de kilomètres, au cœur de l'Émilie-Romagne, produisent depuis six décennies des voitures qui se répondent sans jamais porter le même nom. Cette proximité géographique n'est pas un hasard de l'histoire industrielle italienne : elle est la conséquence directe d'une brouille entre deux hommes que tout, sauf leur fierté, opposait.
Une querelle entre deux hommes fiers
Dans les années 1960, Ferruccio Lamborghini a déjà fait fortune dans les tracteurs agricoles et possède plusieurs Ferrari, dont il apprécie la puissance sans supporter certains défauts mécaniques. Selon la légende de la maison, il se serait plaint à plusieurs reprises d'un embrayage qui rendait l'âme trop vite. Enzo Ferrari, peu habitué à recevoir des leçons d'un fabricant de tracteurs, l'aurait renvoyé à ses champs sans ménagement. L'anecdote a beau être difficile à vérifier dans ses détails exacts, elle circule depuis si longtemps dans le milieu automobile qu'elle fait désormais partie de l'histoire officielle des deux marques.
Comment l'histoire s'est déroulée
Vexé, Ferruccio décide de prouver qu'il peut construire une grand tourisme meilleure que celle de Maranello. Il fonde Automobili Lamborghini en 1963 à Sant'Agata Bolognese, à quelques kilomètres seulement du fief de Ferrari, et sort dès 1964 sa première voiture, la 350 GT. Le geste prend une tout autre ampleur en 1966 avec la Miura, souvent citée comme la première vraie supercar moderne, moteur V12 placé en position centrale : une architecture que Ferrari n'adoptera sur ses modèles de route que des années plus tard. La rivalité ne se limite pas à un coup d'éclat isolé. Les deux constructeurs choisissent ensuite des chemins différents : Ferrari construit son identité autour de la compétition, avec son propre écurie de Formule 1 dès 1950, quand Lamborghini préfère concentrer ses moyens sur des routières extrêmes et ne s'engage jamais durablement en F1, malgré quelques tentatives comme motoriste dans les années 1990.
Ce que cette rivalité a changé
Cette divergence de stratégie a façonné le caractère des deux marques plus sûrement qu'une simple concurrence commerciale. Ferrari a construit sa légitimité sur les circuits, avec un lien direct entre course et modèle de route revendiqué dans chaque génération. Lamborghini a dû inventer une autre légitimité, fondée sur l'audace stylistique et la radicalité technique : moteur central généralisé plus tôt, lignes anguleuses plutôt que courbes classiques, portes en élytre sur la Countach. La compétition entre les deux maisons a fini par se déplacer sur le terrain des championnats monomarques : le Ferrari Challenge existe depuis 1993, le Super Trofeo de Lamborghini depuis 2009, tous deux vitrines techniques pour leurs modèles de série respectifs. Sur le marché des hypercars modernes, la comparaison reste systématique, de l'Aventador face à la 812 Superfast jusqu'à la Revuelto hybride face à la SF90.
L'image qu'on en garde
Reste l'image de deux usines qui se voient depuis leurs parkings respectifs et qui, six décennies plus tard, continuent de dessiner des voitures pensées, au moins en partie, l'une contre l'autre. Chaque nouveau modèle de Sant'Agata Bolognese se mesure encore, dans l'esprit du public, à ce que produit Maranello au même moment, et inversement. Peu de rivalités industrielles ont produit un tel héritage esthétique, ni suscité autant de débats de comptoir sur la voiture qui mérite le plus une affiche au mur.
Pour prolonger cette histoire, la fiche complète Ferrari et celle de Lamborghini reviennent chacune sur la trajectoire propre des deux marques.
Les posters Lamborghini de la boutique couvrent cette lignée, de la Miura à la Revuelto.


